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Un chat bien dans ses pattes, c’est un chat sociabilisé

  • il y a 8 heures
  • 6 min de lecture

Par Gwendoline Le Peutrec Redon - Comportementaliste spécialiste du chat, fondatrice d'Animautopia et formatrice           


Lorsque l’on accueille un chaton ou un chat adulte, son tempérament, son seuil émotionnel et ses échanges affectifs dépendront de son niveau de sociabilité. Ce terme complexe recouvre une multitude de notions et fait appel aux diverses expériences vécues par le chat dès sa naissance. Est-ce irréversible ou peut-on améliorer la sociabilisation de son chat ?


Un chat bien dans ses pattes, c’est un chat sociabilisé

Socialisation ou sociabilisation ?


On entend à tout va le terme de « socialisation », mais qu’est-ce qu’il signifie et surtout est-il bien employé ?


La socialisation intervient pendant la petite enfance du chat, dans son premier mois de vie : c’est le moment où il intègre le fait qu’il appartient à l’espèce féline, et où il va apprendre à s’intégrer socialement en tant que chat. C’est-à-dire : communiquer comme un  chat, se reproduire avec les membres de son espèce, connaître les règles régissant les comportements félins.


La sociabilisation intervient après le premier mois, quand le chaton apprend des codes de communication spécifiques, mais surtout, comment il va réagir face à certains stimuli. Ainsi, tout ce que le chaton va vivre et ses piliers de référence (mère/fratrie) vont construire son tempérament et ses futures prédispositions à appréhender les évènements. Plus un chaton va vivre d’expériences enrichissantes, non traumatisantes puisque d’intensité modérée, plus il sera sociabilisé et habitué à réagir sereinement aux nouvelles choses rencontrées.


Ainsi, un chat pourra être correctement socialisé puisqu’ayant vécu avec sa mère et sa fratrie jusqu’à l’âge de 3 mois minimum, mais ne sera pas forcément correctement sociabilisé si les expériences vécues et stimuli rencontrés sont pauvres.


Phases de développement du chaton


Les apprentissages de socialisation et sociabilisation ne se feront correctement que si le développement physiologique du petit animal est complet. Cela implique que si le chaton a des troubles moteurs par malformations congénitales ou qu’il connaît des maladies qui perturbent son développement, les expériences vécues en seront aussi perturbées.


Pendant la période prénatale, le chaton va développer une sensibilité tactile pour ensuite faire place, à l'issue de la période néonatale, à l’ouverture des yeux entre le 7e et 14e jour. Dès la deuxième semaine, l’orientation auditive et le début de locomotion ouvrent réellement le chaton au monde sensoriel (l’umwelt). A la troisième semaine, l’olfaction devient efficace et le chaton acquiert sa thermorégulation. Au bout d’un mois, le chaton commence les jeux sociaux complexes avec intégration des réponses extérieures. L’apparition des comportements de prédation, la mise en place de cycles de sommeil circadiens et les jeux avec des objets vont de pair avec la 5e semaine de vie. Les séquences de chasse et premières notions d’acquisition des auto-contrôles commencent entre 7 et 8 semaines.


Dès ses 2 mois, le chaton est complètement apte, physiologiquement, à intégrer cognitivement ses diverses expériences pour construire sa sociabilisation.


Offrir des stimulations à son chaton

Une bonne sociabilisation


Un éleveur et, a fortiori, toute personne dont la chatte met bas, devrait connaît ces phases pour offrir une bonne sociabilisation aux chatons. En effet, il ne suffit pas de garder un chaton auprès de sa mère pendant 3 mois pour que celui-ci soit un être équilibré.


Dès la gestation, des massages doux du ventre de la chatte permettent une meilleure sensibilité tactile. Après la naissance, manipuler le nouveau-né dix minutes chaque jour par des caresses légères et positives rendra le chat plus apte aux échanges affectifs, cela s’appelle le « handling ».


Quand le chaton s’éveille au jeu (vers environ 1 mois), lui présenter divers objets, bruits, textures ou odeurs renforcera ses capacités cognitives et surtout son seuil d’homéostasie sensorielle – l’homéostasie étant le niveau émotionnel ou physiologique le plus adéquat pour l’individu en question. Ce seuil est différent pour chaque chat, en fonction de ses expériences, et c'est ce qui fera qu’un chat supportera mieux que d’autres certains évènements. Pour peu, bien sûr, que ces stimuli soient progressifs et limités, on habitue l’animal. Certaines personnes, qui veulent bien faire, présentent beaucoup de stimuli mais ils ont trop forts, trop répétés ou trop intenses, ce qui va sensibiliser le chat et le rendre craintif, ce qui est contraire à l’effet recherché.


Présenter un chien au chat

Pour que la sociabilisation soit efficace, il faut donc faire connaître au chaton plusieurs stimuli, mais qu’ils soient légers et progressifs. Comme aucun biotope n’est parfait, quand on choisit un chaton, que ça soit chez un éleveur ou un particulier, il faut privilégier un milieu de vie qui soit le plus proche de ce qu’on aura à offrir à notre futur compagnon à 4 pattes. Si on vit dans un appartement, sans balcon ou sans terrasse, on évitera par exemple d’adopter un chaton né à la campagne ayant accès à l’extérieur.


Et à l’âge adulte ?


Des problèmes peuvent survenir quand on acquiert un chat à l’âge adulte et qu’on n’a pas eu le choix de l’accueillir dans les bonnes conditions. Autant il est possible d’améliorer les choses, autant on ne fera pas d’un chat craintif un aventurier, d’un chat intolérant aux caresses un affectueux !


Les premiers mois de vie sont déterminants, mais on peut toutefois toujours faire en sorte d’apporter du « mieux ». Il faut proposer au chat en question les diverses choses que l’on souhaite qu’il vive sereinement (chien, transport, caresses…), mais brièvement au départ, puis un peu plus chaque jour, en veillant à ce que votre animal se sente toujours en sécurité et qu’il ait la possibilité de fuir s’il le désire. Ainsi, l’idée selon laquelle il faut beaucoup câliner un chat pour qu’il devienne affectueux est en réalité le meilleur moyen pour obtenir l’inverse.


Tout doit se faire petit à petit, en tenant compte du tempérament de base et des limites du chat. Un chat de maison qui a grandi dans la nature n’aura jamais les mêmes capacités de sociabilisation à la vie de maison qu’un chaton né chez des éleveurs ou des particuliers. Le contraire est plus aisé car la vie en extérieur est le biotope de base du félin.


Dès lors, si vous avez craqué sur le chat qui vient « d’on ne sait trop où » mais qui adore se prélasser dans votre jardin et quémander quelques caresses, n'essayer pas de le maintenir captif dans votre maison de manière forcée. Sinon gare aux éliminations hors litière et aux conduites agressives qui pourraient en découler. Si vous tenez vraiment à prendre ce chat sous votre vigilante protection, proposez-lui un peu de nourriture et d’eau, un petit coin couchette dans votre jardin pour l’hiver ; et si Minet s’aventure chez vous pour quelques heures de repos, veillez à ne pas l’enfermer.


Comment bien choisir son chaton ?


Encore une fois, il s’agira de sélectionner un chaton élevé dans les conditions les plus proches de votre mode de vie, de de vous assurer qu’il aura connu assez de stimuli bien dosés pour sa construction émotionnelle : chien, autre chat, enfant, voiture, cage de transport, invités à la maison, bruits quotidiens (téléphone, télévision, sonnette, musique)… Et surtout, ne pas le séparer de sa mère avant ses 3 mois voire 3 mois 1/2 pour un sevrage affectif optimal.


Ne pas adopter un chaton avant minimum 3 mois

Comme il n’est pas toujours possible de trouver un chaton qui aura connu tout ce qu’il sera amené à rencontrer chez vous, il faudra continuer son apprentissage une fois adopté. Toujours en respectant cette sacro-sainte règle du « petit à petit ». Il y a parfois certaines choses, certaines personnes, certains bruits ou certains objets avec lesquels votre chat ne supportera la confrontation, bien que vous ayez respecté la règle précitée : ne cherchez pas à lui imposer, il y a une explication pour qu’il ne s’y habitue pas mais, bien souvent, on ne peut savoir quelle en est la raison. Il faut parfois savoir laisser certaines choses de côté et avoir un chat bien dans ses coussinets, plutôt que d’en imposer une assez traumatisante pour stresser grandement votre animal.


Avant ça se passait bien mais…


Parfois, les personnes sont confrontées à un chat qui vivait très bien une situation, puis un facteur déclenchant, identifié ou non, est venu perturber cette belle harmonie ! Quelques fois, le temps fait l’affaire, mais dans d’autres cas et si les peurs ou les répulsions s’aggravent, seul un comportementaliste félin pourra vous venir en aide, car il saura analyser la cause déclenchante, les facteurs aggravants, le profil spécifique du chat, l’environnement et le relationnel proposés.


Certaines personnes ont aussi constaté que leur chat appréciait les rencontres avec d’autres félins quand il était chaton, mais que le temps passant, celui-ci devenant plus vieux, cela se passe de plus en plus mal. Cela découle du fait que le niveau de sociabilisation (aptitude à vivre avec les membres de son espèce) diminue avec le temps si le chat n’est pas mis en contact avec des congénères. Après 2 ans, ce niveau baisse considérablement. Ainsi, si vous souhaitez avoir un deuxième chat, pensez à l’adopter dans ce laps de temps pour espérer que la cohabitation se passe correctement. Après, tout devient un peu plus complexe en fonction des individus.


La sociabilisation réduit avec l'âge

Dans tous les cas, gardez à l’esprit que tant que choisir un chaton doit être une décision réfléchie qui s’impose avec la recherche des meilleures conditions de sociabilisation, et quand vous adoptez un chat adulte, c’est le temps, la patience et la compréhension de ses capacités cognitives et émotionnelles qui vous donneront les meilleurs résultats.                                                                                                                                                   



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