Pourquoi est-il important de respecter l’intégrité physique de son chat ?

Dernière mise à jour : 5 mai

Avant toute chose, et pour vous rassurer avant de rentrer dans le vif du sujet, soyons clairs: notre cher petit félin peut bien entendu apprécier les caresses, loin de moi l’idée d’affirmer le contraire. Bien qu’étant une espèce originellement solitaire, le chat domestique a évolué et changé à nos côtés. Certains individus sont même devenus très proches de l’humain et recherchent régulièrement des contacts avec leur(s) être(s) d’attachement.


L’objectif de cet article n’est donc pas de vous inciter à arrêter tout de go les rituels câlins que vous entretenez avec votre chat, car ils sont importants pour lui comme pour vous; mais plutôt de vous sensibiliser à l’importance de respecter systématiquement, dans vos échanges affectifs, son intégrité physique.


Prise de conscience


Cela implique de prendre du recul, et de se regarder agir. Remarquons-nous ces grattouilles effectuées machinalement à notre chat alors que nous regardons notre série sur le canapé? Cette main qui vient le caresser, en passant, parce qu’il est sur notre chemin? Ce bisou sur le ventre alors qu’il dort, si mignon, comme s’il n’attendait que ça? Ce câlin porté, pour le saluer, lors de notre retour à la maison?


Tous ces gestes, que nous ne faisons pas forcément consciemment, et avec les meilleures intentions du monde, emprunts de l’amour que nous portons à notre chat, sont-ils tous consentis? Notre chat a-t-il son miaou à dire?


Ce sont ces questions que je me suis moi-même posées quand je me suis formée au comportement félin, et que j’ai entamé ma longue liste de lectures sur le sujet. C’est notamment le livre de Sonia Paeleman, Comprendre votre chat, qui m’a amenée à l'époque à une première prise de conscience. Avec ce petit pas de côté qu’elle m’a incitée à faire, je me suis rendu compte que je sollicitais énormément mes chats… mais aussi pourquoi il est important de ne pas le faire.


En quoi est-ce un problème?


Car on pourrait se demander, une fois ce constat effectué, si c’est si dommageable que ça, d’imposer quelques caresses à son chat. Après tout, une petite main par-ci, une petite main par-là, est-ce si grave? Ce à quoi je vous répondrais: essayez de vous mettre à la place de votre chat. Seriez-vous sereins dans votre environnement, si quoi que vous soyez en train de faire, et parfois même par surprise, quelqu’un venait vous toucher, sans votre consentement, et sans entendre ou comprendre les messages d’inconfort ou de refus que vous lui envoyiez? Et ce de manière répétée, chaque jour, sans possibilité de fuite? Même si ce quelqu’un était un proche, que vous aimez, dont vous appréciez la présence, cela ne voudrait pas pour autant dire que vous seriez prêts à accueillir à tout moment ses témoignages d’affection.



Si certains individus peuvent tolérer avec plus ou moins de résilience ces intrusions physiques, d’autres peuvent mal les vivre, au détriment de leur bien-être et de leur santé. Ce mal-être peut être invisible, imperceptible, mais il peut aussi se manifester par des comportements adaptatifs indirects : une vigilance accrue, des éliminations hors du bac à litière, un toilettage excessif… Ses signaux de mise à distance n’ayant pas été compris et respectés par le passé, le chat pourra se montrer plus distant, ou se mettre à mordre ou à griffer ses humains. Il déchargera aussi parfois les tensions accumulées sur d’autres animaux présents dans le foyer. Et dans certains cas, il pourra même développer à plus ou moins long terme des problèmes de santé liés au stress qu’il ressent quotidiennement dans cet environnement non sécurisant.


Proposition et consentement


Mais alors, comment interagir avec son chat? On veillera tout d’abord à s’assurer qu’il est disponible – ne jamais déranger par exemple un chat dans son sommeil – et à s’annoncer, pour ne pas le surprendre. On se placera à sa hauteur et on avancera doucement notre main, ouverte. Détail important: on le laissera avant tout nous flairer, préambule félin à toute interaction. S’il s’approche, se frotte, ronronne, plisse les yeux, on pourra proposer une caresse, en respectant les zones qu’il apprécie et en restant attentif aux signaux pour ne pas poursuivre l’interaction s’il souhaite l’arrêter. S’il détourne la tête, recule, si ses pupilles se dilatent, que ses oreilles partent sur le côté, si sa queue s’agite ou que son dos tressaute… c’est qu’il ne veut pas de contact. Et s’il ne réagit pas, prenez plutôt ça pour un non: «Qui ne dit mot consent» n’est pas une vérité féline – ni humaine, en réalité, la plupart du temps! ;)


Il ne s’agit là que de quelques pistes pour vous guider, car le comportement du chat est bien plus complexe qu’il n’y paraît et plein de subtilités. Bâiller hors d’une situation de sommeil ou se lécher rapidement la truffe ou l’épaule sont par exemple des signes peu connus qui peuvent témoigner d’un inconfort. Et si le chat vous lèche, cela ne veut pas forcément dire, comme on pourrait le croire, qu’il recherche le contact: ce comportement peut aussi être au contraire une demande de mise à distance. Tout est toujours à mettre en perspective en fonction de votre chat, de son tempérament, et bien sûr du contexte. Un comportementaliste pourrait dans ce cadre vous aider à mieux comprendre votre chat et à interpréter avec justesse ses signaux, pour vous accompagner dans la construction d’une belle relation avec lui.


Mieux aimer son chat


Même si cela peut être dur à entendre, il est donc important de garder en tête que notre chat n’est ni une peluche, ni un exutoire, ni un support émotionnel qui aurait pour fonction de satisfaire nos besoins ou de combler nos manques. Et même s’il nous coûte parfois de réfréner nos élans affectifs, il ne faut jamais oublier que notre compagnon félin est un être vivant, doué de sensibilité, et d’un corps dont il devrait avoir le droit de disposer autant que possible – dans un milieu qui lui offre déjà bien souvent peu de libertés.


Réduire la quantité des échanges affectifs avec votre chat, ça n’est pas l’aimer moins, c’est l’aimer mieux. Car mettre ses intérêts au même niveau que les nôtres, renoncer à notre propre plaisir pour lui apporter bien-être et sécurité, bâtir une relation équilibrée fondée sur le respect et la réciprocité, c’est bien là la plus belle preuve d’amour que nous pouvons lui offrir. 💚

 

Par Leslie Palant - Comportementaliste spécialiste du chat

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