Les étiquettes

Dernière mise à jour : 3 mai


LE CATALOGUE 2022 DES IDÉES REÇUES


Le labrador est gentil.

L’épagneul breton, au même titre que tous les chiens de chasse, est têtu.

Le berger allemand est agressif.

L’american staff est méchant.

Le golden retriever est très sociable.

Le husky est fugueur.

Le chihuahua est caractériel.

Le border collie est increvable.

Le berger australien est beau.

Le chien doit obéir.


Tous ces mots, ces adjectifs qu’on colle si rapidement sur des êtres vivants, ne sont pas des gènes inscrits dans un ADN. Ils n’existent pas scientifiquement et n’apparaissent nulle part lorsque nous parlons d’évolution. Ces mots sont des concepts humains, que nous nous permettons de mettre sur un visage, une personne, une religion, un pays, une race de chien, le vilain cabot du voisin qui aboie chaque fois qu’on sonne chez lui.

Ces étiquettes ne sont pas sans conséquences, elles véhiculent des idées stéréotypées qui alimentent nos croyances et influent sur notre jugement et notre façon d’agir ou plutôt de mal agir.


D’où viennent-elles? D’un anthropomorphisme que nous nous entêtons à projeter, d’un manque de connaissances, d’observation et, il me semble, de bon sens. Aujourd’hui nous sommes tous influencés par une société qui va trop vite, par des idées, vraies ou fausses affichées sur des écrans, par des propos déformés, édités et réédités sur des réseaux dits sociaux, par des affirmations en veux-tu en voilà… En attendant, nos amis canins n’ont rien demandé. Pourtant nous ne nous sommes pas privés de leur coller des étiquettes, des non-sens, des fausses idées.


Races de chien et étiquettes

Parlons de Rex (Oups… encore un cliché! 😉), le berger allemand qui fait froid dans le dos


Rex est un jeune chien de berger – les bergers si « appréciés » et incompris par notre société – cette race ayant été façonnée pour supporter des heures de durs labeurs et apprécié pour sa proximité à l’humain. EURÊKA! Voilà donc pourquoi cette race et d’autres races de chien de berger sont si appréciées par l'espèce humaine… Ils semblent combler parfaitement le besoin de notre égo! CQFD.


Rex aboie sur l’étranger qui oserait s’approcher de Michel, Rex attend sagement devant la porte des WC lorsque Michel… fait ses petites affaires… Rex ne s’éloigne pas à plus de 4,78 mètres de Michel en balade (au cas où un extra-terrestre déciderait d’enlever Michel !). Michel se sent aimé et protégé. C’est un peu comme le rêve américain! Rex n’a d’yeux que pour Michel. C’est flatteur et enveloppant.


Berger allemand

Rex fait peur avec son masque noir, ses grandes dents, son aboiement grave, son air sérieux et son corps de loup. Beaucoup n’ont pas saisi ce pour quoi il était là. Pas même Michel. Rex a une mission qui, elle, est en partie inscrite dans son ADN (qu’on ne cesse de modifier). Rex protège, contrôle, analyse et observe. Il n’est, en réalité, pas agressif, ni même méchant, il réagit en cas d’alerte. Il fait ce pour quoi, nous humains, l’avons façonné.


Rex est aussi, comme beaucoup de bergers, victime de son succès. Si ses aptitudes à être proche de l’humain sont très flatteurs et font de lui le candidat idéal pour être le compagnon si fidèle qui vous accompagnera même aux toilettes, il a été omis que ses patron-moteurs de chien de travail ne se sont pas envolés. Ses besoins sont (désolée de vous décevoir) indubitablement toujours conséquents. Alors non, Rex n’est pas «agressif» par nature, la race à laquelle il appartient a certes été façonnée pour travailler, analyser, contrôler ; mais ses besoins trop souvent mis aux oubliettes, en font, couramment, une bombe à retardement. Rex n’est pas né «méchant», il n’est pas le fils de Satan, ce sont nos incompréhensions, notre ignorance et notre négligence qui ont amené son corps à se défendre, à répondre, à chercher un équilibre dans notre monde d’humain.


Cependant, vous devriez peut-être vous méfier davantage de Fifi, la chihuahua de Josette, la voisine du rez-de-chaussée. Son aboiement est moins dissuasif mais il en dit tout autant, voire davantage …


Bobby, le berger australien. 10000 abonnés. Victime de son succès.


Bobby, le berger australien est beau, doux, sociable et… Parfait!


Parfait pour qui? L’est-il vraiment pour rester dans un jardin à jouer à la poupée avec Lisa? L’est-il vraiment pour décorer la maison et faire joli sur la photo de famille?

Et puis, dans quelques mois, Bobby trouvera plus intéressant de courser les vélos, pincer les joggers et aboyer sur tous ce qui bouge… Il sera alors Bobby le méchant chien réactif, désobéissant, qu’on rangera définitivement au placard.


Seulement voilà, il se trouve que les ancêtres de Bobby ont été choisis par nous, humains (oui toujours les mêmes!) afin de conduire des troupeaux, notamment d’ovins (des moutons). Très appréciés pour leur vivacité, leur énergie, leur aptitude de garde qui en faisaient des «bons chiens de travail». Tout porte à croire, qu’ils n’ont pas été façonnés pour être de belles parures de canapé…

berger australien

Bobby, comme beaucoup de bergers australiens, fut victime de sa « beauté ». Oui, c’est subjectif, mais il semblerait que le style berger australien soit un effet de mode. L’indispensable pour s’accorder avec le dernier sac PRADA. Le petit bijou des influenceurs. Le BEAU et sociable berger australien est certes très photogénique, mais il n’en reste pas moins un chien. Un être vivant sélectionné pour des aptitudes spécifiques qui induisent des besoins auxquels tout le monde n’est pas en mesure de répondre. Ce n’est pas une peluche qu’on offre à sa fille le jour de Noël. C’est un individu qui, comme tout être sensible, peut se mettre en colère, exprime des émotions (positives ou négatives). Bobby est un chien, et même si ces yeux vous font fondre d’amour, il s’exprime, il grogne, il aboie, il mord lorsqu’il se sent agressé, apeuré stressé et incompris.


Alfred, l’épagneul breton. Le bougre têtu.


Alfred est un chien de chasse, tenace lorsqu’il s’agit de traquer un gibier, doté d’une énergie débordante et d’une vigueur inébranlable. Toutes ces qualités ont été fortement appréciées et sélectionnées par les humains ; elles en font un chien de chasse très fiable capable de suivre des journées entières, à traquer et couvrir des kilomètres.


Alfred est donc têtu et ne reviendra jamais au rappel! Erreur… Alfred ne lâche rien, c’est vrai. C’est aussi une qualité qu’on a reconnue en tant que chien de travail. Cependant, le fait qu’il exprime les patron-moteurs que nous lui avons octroyés ne fait pas de lui un chien têtu et fugueur. Ils font de lui un chien explorateur, un chien de travail très robuste avec des besoins qu’il faut comprendre.


Alfred reviendra, si on lui offre un tantinet la liberté d’exprimer son besoin de traque, d’explorer et de couvrir un large terrain de son environnement. Il n’est pas têtu, il est vivant! Il fait ce pour quoi il est né, ce pour quoi on l’a sélectionné. Il vit pleinement et énergiquement sa passion. Il discrimine, inspecte, analyse les odeurs qui inondent ses narines ; et pendant ce temps-là, si concentré et déterminé à retrouver la licorne fraîchement passée par là, il ne vous entend pas crier son nom 5 fois par seconde… Il n’a pas le temps de penser à être têtu, et lui envoyer une petite joute ne changerait pas ce pour quoi il existe. 😉


Le chien de chasse n’est pas têtu, pas plus que Alfred ou Fiona la teckel, ils sont beaux, déterminés, vifs ; ils sont ce que leur a offert la vie.


Simon, le golden retriever. Cet amour de chien si sociable.

golden retriever

Simon est un golden retriever – Bon chien de famillequi adore les enfants! Simon, a bien évidemment été adopté par une famille avec 5 enfants, un chat et une tortue ; parce qu’il est si sociable qu’il doit supporter les cris des enfants au moment des devoirs, le tirage des oreilles, parce que c’est si doux et rigolo, les lonnnguues minutes d’enlacement parce que c’est encore mieux qu’une peluche. Simon doit rester sage pendant la sieste des mômes. En revanche, ses siestes à lui se résument à un cours de pipeau dans les oreilles, un squat de son panier par Tommy, le mini-humain, parce qu’un chien qui dort c’est trop mignon!


Seulement, un jour, notre si gentil Simon s’est senti étouffé par les enlacements oppressants et incessants, fatigué par les cris et les cours de pipeau, énervé par cette agitation permanente et incompris malgré toutes ses tentatives de se faire entendre « gentiment »… Eh bien oui, Simon «le gentil chien» a mordu Tommy alors qu’il s’est assis sur sa queue lorsqu’il dormait… Aïe.


Simon est un golden retriever, race notamment appréciée pour son adaptabilité auprès de l’humain, ses traits et ses expressions juvéniles qui en font un éternel «chiot si mignon». Mais il n’en est pas moins un être vivant, comme Bobby, Rex, Alfred et Fiona, doté d’émotions, de préférences, d’un tempérament qui lui est propre et d’un langage canin qu’il serait dangereux d’ignorer – et oui! même avec un gentil toutou!


Et Fifi le chihuahua …


Fifi est un chihuahua de 6 ans – très caractérielle, la petite – elle aboie sur tous les gens et les chiens qui s’aventurent trop près d’elle ! Hélas, il n’y a rien à faire, c’est un petit chien, ils sont bien souvent incommodes et irrécupérables, n’est-ce-pas Josette?


Fifi, avec ses aboiements de crécelle, fait bien rire tout l’immeuble. Personne ne la prend au sérieux. Évidemment, qui se sentirait menacé par une petite canaille de 2,3 kg, avec des yeux plus gros que le reste de son corps tout tremblant? Un hérisson, peut-être?


Il semblerait que tout l’entourage de Fifi oublie que ce n’est pas qu’un accessoire de poche, un vulgaire bijou qui s’accorde bien avec la tenue du jour.


chihuahua

SCOOP : Fifi sait marcher, elle sait même courir! Bien plus vite que vous! Du haut de ses 15 cm, Fifi pense, ressent et s’exprime, aussi fort qu’elle peut ; puisque, visiblement, personne ne semble faire l’effort de l’écouter. Fifi n’aime pas qu’on la touche, elle en a ma claque qu’on la porte avec nos grosses mains indélicates d’homo sapiens ; Fifi crie pour qu’on la laisse être un chien, vivre une vie de chien, sentir les fesses des autres, manger du caca de chat, uriner sur le trottoir d’en face pour discuter avec Kiki. Fifi n’est pas caractérielle. Elle parle, elle essaye d’être entendue, elle est incomprise et vulgairement affichée dans le dernier Closer comme un accessoire de mode...


Fifi est victime, comme beaucoup d’autres canidés, humains et êtres vivants, des conséquences que porte le sens d’une étiquette. Celle qu’on met trop vite, trop injustement sur le front de nos voisins ; celle qui façonne notre jugement et notre manière de voir le monde.



Il existe effectivement pour chaque race des tendances comportementales, des patrons-moteurs et des besoins spécifiques propres. Cependant, il demeure une chose merveilleuse pour chaque être vivant de la planète-terre qui s’appelle l’individualité. L’individualité se construit par une histoire, un tempérament, des apprentissages, des expériences et ne pourrait être définie par des adjectifs réducteurs tels que «gentil», «méchant», «têtu», «agressif».


Ces étiquettes que l’on associe trop vite ont créé des stéréotypes qui influent sur notre jugement. Ce dernier impacte notre manière d’agir et de penser. Ces étiquettes ne sont pas sans conséquences ; et dans le cas de nos amis canins, certains sont victimes des stéréotypes que nous leur avons collés au visage. Sous prétexte que l’american staff est «dangereux», on le fuit. Sous prétexte que le husky est fugueur, on l’enferme dans un jardin entre 4 murs de 5 mètres de haut avec système hautement sécurisé (et électrifié). Sous prétexte que l’épagneul est têtu, on lui colle un collier électrique – Mea Culpa, un collier de rappel… Et sous prétexte qu’un golden retriever est super sociable, on le laisse se faire tripoter par tout le monde. Sous prétexte que vous êtes français, ne veut pas dire que vous êtes un râleur professionnel? (Ah si, peut-être? 😉).


Et sous prétexte de tout ça, nous avons trop souvent oublié de prendre en compte les besoins, le tempérament, les émotions de nos chiens. Influencés par nos étiquettes et trop occupés à les ranger dans des cases, nous avons omis, et c’est bien dommage, d’essayer de comprendre QUI EST NOTRE CHIEN.

 

Par Léa Mahieux de Libr'Anima - Comportementaliste Éducateur Canin & Félin

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